Fin 2004, les salariés de Texier défilaient dans les rues de Vitré contre « les délocalisations et les plans de licenciement ». « Épouvantable ». Même au pays du presque plein emploi, chez cette ancienne salariée de l'entreprise Texier, la plaie est encore à vif. Loin d'être guérie. « En 2005, on m'a licenciée après dix-sept années dans l'entreprise. J'ai enchaîné dix contrats à durée déterminée (CDD) chez Traiteur de Paris, avec des coupures. Depuis janvier 2008, je n'ai plus rien. Au bout de deux ans, comme ça, on vous dit : on n'a plus besoin de vous. »
Dans la salle, le silence est pesant. Samedi, l'Union de pays du syndicat CFDT avait invité ses adhérents à participer à la restitution des résultats de l'enquête menée par Valérie Loizel et Michelle Guilleux, deux déléguées syndicales, à la demande de la mairie de Vitré. Une enquête commandée suite aux déclarations du syndicat qui dénonce « l'importance de la précarité dans ce pays de Vitré où le taux de chômage est annoncé à près de 4 % ».
Miracle ou vitrine?
Miracle économique ou vitrine qui cache la forêt ? L'enquête a permis aux syndicalistes de retrouver les personnes victimes en 2005 des plans de licenciement économique des deux entreprises : 76 licenciements chez Texier, 40 chez Coudémail.
« Nous avions invité M. Méhaignerie ou un représentant de la mairie pour entendre ces résultats, je regrette que personne ne soit venu aujourd'hui » déplore Éric Charrier, secrétaire de l'union de pays CFDT.
Dans la salle, salariés et licenciés haussent les épaules : « la mairie voulait démontrer qu'il n'existe pas de problème de reclassement dans le Pays de Vitré où, paraît-il, les patrons ne trouvent plus de salariés... »
Nouveau silence. « On a relevé le défi de faire cette enquête et franchement, on a bien fait, reprend Valérie Loizel. Elle confirme ce que nous pressentions. »
Des salaires à la baisse
Sur les 105 personnes licenciées en 2005 chez Texier et Coudémail (2 hommes et 103 femmes), 73 % avaient plus de dix ans d'ancienneté. 51 % avaient entre 40 et 50 ans, 23 % plus de 50 ans. 39 % avaient un niveau CAP et 37 % un niveau BEP. Voilà pour les chiffres.
Sur ces 105 salariés qui travaillaient à temps plein en 2005, ils ne sont plus que 54 % en 2007. 81 ont retrouvé un travail mais la majorité dans des emplois précaires : 31 CDD et 11 contrats d'intérim. Avec un constat : « le SMIC devient la référence des salaires ». Dans la grande majorité des cas, les situations sont tirées vers le bas.
Heureusement, « ce changement professionnel est vécu comme une nouvelle vie, c'est souvent l'occasion de découvrir qu'on peut vivre autrement, ailleurs, de se reconstruire après ce qui est un véritable traumatisme » constate Michèle Guilleux. Mais surtout, « pour tout le monde, on peut dire qu'il existe une véritable volonté de travailler, de retrouver. Il est faux de dire que les gens sont contents de leur situation et qu'ils ne veulent plus travailler. C'est faux. » Alors quand ils retrouvent un emploi dans ce Pays à dominante industrielle où l'agro-alimentaire pèse lourd, « c'est majoritairement un environnement de travail dégradé, du temps partiel subi (il n'y a rien d'autre), note Marcel Jouault, de l'union de Pays. Les primes disparaissent. Personne ne retrouve une protection sociale équivalente à celle qu'il avait avant. On impose des jours de congés. Et bien souvent, le mal être persiste et s'installe. On aboutit à des carrières accidentées. Pour nous, c'est clair, le problème de l'emploi est largement sous-évalué en Pays de Vitré. »
Quelle place pour le salarié ?
Pour sensibiliser les patrons, l'union de Pays souhaite organiser une rencontre avec les chefs d'entreprises pour présenter le détail de cette enquête (financée par la ville). « M. Méhaignerie l'a promis » note Marcel Jouault. « L'heure est venue de plancher sur la place du salarié dans la société, savoir si le mot contrat de travail a encore un sens, plancher sur l'accès à la formation (ceux qui ont suivi des formations s'en sortent mieux que les autres), et développer les transports en commun (beaucoup de femmes de plus de 50 ans n'ont pas le permis de conduire en Pays de Vitré). » Reconnaître la place du syndicalisme dans un monde « où l'emploi, à vie, dans la même entreprise, n'est plus garanti. »
Bertrand BONENFANT.
mardi 09 février 23:35 Rennes
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