













Le procureur général de la cour d'appel de Rennes. : Thomas BregardisRENNES. - Des braqueurs devaient être jugés à Rennes, à partir du 16 septembre, pendant trois semaines. Le procès a-t-il été renvoyé parce que le principal accusé, Mohamed Bouferkas, effectuait son jeûne du ramadan? L'information a provoqué, hier, une levée de boucliers chez les défenseurs de la laïcité. « Surprenant », estime l'Union syndicale des magistrats. « Aberrant », pour le syndicat de la magistrature. « Inconcevable », tranche la ministre de la Justice, Rachida Dati. Des associations (SOS Racisme), des partis politiques (PRG, PS...) ont également exprimé leur stupéfaction.
Mais, hier, le procureur général de la cour d'appel de Rennes leur a opposé un démenti formel. Si Léonard Bernard de la Gatinais a accepté la demande de renvoi de deux avocats de la défense, c'est pour d'autres raisons que le ramadan. C'eut été «totalement contraire à tous les principes républicains », a-t-il ajouté.
Pour lui, les motifs du renvoi s'expliquent par les nombreux rebondissements de cette affaire. Elle concerne des braquages commis près de Rennes et de Saint-Malo, entre 2000 et 2001. Mes Yann Choucq et Antoine Conte, avocats de Mohamed Bouferkas, ont déjà effectué plusieurs demandes de renvoi. Notamment en remettant deux histoires sur le tapis. La première est la condamnation d'un enquêteur, pivot de l'accusation, pour une agression sexuelle sur un témoin à charge. Cela avait causé, en février, un premier renvoi du procès, au bout de 12 jours d'audience.
Instruction chaotique
La seconde histoire est la comparution, en décembre prochain, de deux témoins à charge devant le tribunal correctionnel de Saint-Malo pour une affaire de stupéfiants. C'est elle qui serait la cause du nouveau report. « La défense craignait que ces témoins soient dans les mains du ministère public, précise le procureur général. J'ai estimé ne pas avoir à m'opposer à ce renvoi pour retrouver un climat serein. »
Le 27 août, Me Choucq envoie une ultime requête. Il invoque cette fois le jeûne du ramadan, qui vient de débuter. « Notre client est musulman, écrit l'avocat, et ne sera pas en capacité de se défendre. » Cette requête a fait bondir Me Pierre Abbeg, de la partie civile, qui l'a fait savoir. D'où l'émoi.
« Le ramadan n'a rien à voir avec le renvoi, confirme Me Vincent Omez, avocat de la défense. Nous voulons un procès serein dans de bonnes conditions, au terme d'une instruction chaotique. »
Serge LE LUYER.