



Gilbert Dourdain a grandi au bord de l'étang de Châtillon-en-Vendelais. Ses parents y tenaient un café. Il est vrai qu'à Châtillon-en-Vendelais, le plan d'eau de 121 hectares s'envase. À tel point que chaque été le retour des algues bleues (cyanobactéries) oblige la mairie à interdire les activités nautiques et la baignade. Le département qui est propriétaire de l'étang depuis 1985 en a bien conscience et a décidé de passer à l'action. Une opération de vidange et de curetage sera effectuée à partir de septembre, comme au barrage voisin de la Cantache.
Mais Gilbert Dourdain reste sceptique. « Ils ne vont enlever que la moitié de la vase. Cela ne suffit pas. » Aussi, il a voulu prendre les choses en main. Dans un courrier adressé au président du conseil général, il se dit prêt à racheter le plan d'eau « à la hauteur de l'euro symbolique » pour lui « redonner sa symbolique des décennies passées. »
De Gaulle y a déjeuné
« Dans les années soixante, le général de Gaulle, en personne, est venu déjeuner au bord de l'étang, se souvient-il, nostalgique. À l'époque, il y avait sept cafés, des pédalos, des concours de voiles et même des hydravions qui s'y posaient ! On y pêchait des carpes et parfois des écrevisses. A la gare, des habitants de Fougères, Vitré, Laval descendaient à Châtillon pour profiter de l'étang. »
Reprenant son rôle d'ancien candidat aux élections municipales, il a élaboré tout un programme afin que le plan d'eau retrouve son prestige d'antan : « Faire une vidange tous les deux ans, stopper la pollution en étant intransigeant avec les pollueurs et équiper les sorties d'eau d'alternateurs électriques pour l'éclairage public. » Mais ce doux rêveur au ton quelque peu provocateur est-il bien réaliste ? La simple vidange que le département va réaliser à l'automne prochain coûte 700 000 €.
Et puis, la loi est ferme sur ce point. Le conseil général n'a pas le droit de vendre l'étang : « Propriété du domaine public départemental, ce statut confère au site un caractère inaliénable et imprescriptible et ne peut donc être vendu au regard des enjeux de préservation et d'ouverture au public qui y sont rattachés. »
Finis donc les beaux rêves pour Gilbert Dourdain ? Il devra se contenter de la belle photo qui trône au-dessus de son bureau : un dimanche à l'étang, le 22 juillet 1906, avec d'élégantes dames tenant des ombrelles blanches pour se protéger du soleil et de charmants messieurs portant costume et chapeau. La Belle époque est révolue.
Camille SARRET.