













UN CLIMAT EMPOISONNÉ. En France, on ne change pas les équipes qui gagnent et l'on reconduit celles qui perdent. Question de culture. Partout ailleurs, Domenech n'aurait pas survécu au fiasco de l'Euro (élimination dès le premier tour). Mais voilà. Débat escamoté, manoeuvres des uns, manque de courage des autres, volonté de tous de ne pas céder devant la volonté populaire et le courroux de la presse : le Raymond a réussi à se maintenir. En promettant davantage de jeu et une meilleure communication. Un rusé qui, à peine reconduit, a continué comme avant. En pire. La défaite inaugurale en Autriche (1-3) de cette campagne pour le Mondial 2010 a immédiatement remis l'avenir du sélectionneur au centre du terrain. Enjeu qui culminera lors de ce match en Roumanie devenu couperet, non pas pour les Bleus qui auront sept rencontres encore pour redresser la barre, mais pour leur coach.
QUI LE SOUTIENT ENCORE ? Même s'il n'est pas un Prix Nobel du foot en puissance, Domenech, 56 ans, a donc toujours de la ressource. Lancer Gourcuff contre la Serbie (2-1), il y a un mois, et sortir Benzema pour Anelka à la pause, c'était bien vu. Mais qui croit encore en lui ? Ni le public, ni les médias, ni les présidents des clubs de L1 qui déplorent la mauvaise image qu'il donne du football et pensent que son maintien compromet gravement la chance des Bleus d'être du Mondial 2010. Son dernier soutien reste le Guingampais Noël Le Graët, vice-président de la Fédération, car Jean-Pierre Escalettes, le président en quête de réélection, semble soucieux de moins lier son sort à celui du sélectionneur. Donc, même une victoire, surtout étriquée et peu convaincante, ne saurait suffire dans ce climat. Surtout que les cinq mois avant le prochain match des éliminations (en Lituanie, le 28 mars) semblent à beaucoup propice à une décision radical e pour repartir avec un autre homme. Crever l'abcès pour de bon, c'est ce que pensent de plus en plus de membres du Conseil fédéral qui, mercredi 15 octobre, doit examiner le cas Domenech.
LES JOUEURS APPAREMMENT DERRIÈRE LUI. On a connu des équipes laissant filer des matches pour se débarrasser d'un entraîneur. Les footballeurs savent très bien faire ça. Là, les Bleus répètent qu'il n'y a pas de fracture encore eux et leur patron (« le groupe a un bon feeling avec le coach », assure Eric Abidal) et plusieurs lui semblent sincèrement attachés. Comme Franck Ribéry, qu'il a lancé au Mondial 2006, et Patrick Vieira, son capitaine de toujours... Non sans calcul sans doute, car certains pourraient bien disparaître avec lui (Vieira, Gallas, Sagnol...).
SE REFAIRE UNE IMAGE. Le France-Roumanie de 9 juin à Zurich avait été considéré comme le plus mauvais match de l'Euro. Des Bleus totalement soporifiques avaient tout d'une équipe sans âme, sans projet de jeu et condamnée à l'élimination. « Plus jamais de France-Roumanie », s'était exclamé Escalettes. Ironie de l'histoire, revoilà justement la même affiche pour tenter d'effacer l'image déplorable laissée en Suisse. L'envie manifestée face à la Serbie, le sang neuf (Gourcuff, Mandanda, Sagna) et le retour des blessés (Vieira, Ribéry) suffiront-ils à sauver le soldat Domenech ? Quelque chose nous dit que ça pourrait bien le faire.
Jean-Luc PELLIZZA.