



Le rapport dressé par le laboratoire d'idées Bretagne Prospective, sous la direction du géographe Jean Ollivro, a fait l'effet d'un coup de tonnerre, lors de la dernière session de la Chambre d'agriculture d'Ille-et- Vilaine. Loin de l'aspect « misérabiliste » dans lequel on veut souvent la cantonner, l'agriculture irrigue, en fait, plus d'un tiers des industries et entreprises de la région.
Une vision en creux. Les espaces non urbains n'ont pas de noms, ils sont marginalisés. Sur le littoral breton, le différentiel des prix du foncier peut parfois varier de 1 à 200 entre terres agricoles et terres constructibles. Les hausses récentes du foncier agricole ne prennent pas en compte les nouvelles réalités économiques qui se profilent, avec la hausse des matières premières, l'explosion de la démographie, la raréfaction des terres disponibles, etc.
Un mitage accéléré en Bretagne. Ici, plus qu'ailleurs, les terres agricoles sont grignotées. Entre 1992 et 2002, ce phénomène a progressé de 25 %, au rythme de 8 200 ha/an, contre une moyenne de 16 % en France. Pour le seul département de l'Ille-et-Vilaine, le bâti a dévoré 15 000 ha en vingt ans, autour de Rennes et Saint-Malo.
Une ferme sur deux. On en dénombrait près de 100 000 en Bretagne, en 1988. Il en restait 40 632 en 2005. Bien sûr, l'essor des villes en est responsable. Mais aussi « les décisions politiques », souligne l'étude. La méconnaissance des enjeux agricoles a encouragé « une urbanisation accélérée et irréversible », avec des agriculteurs isolés au sein de zones urbanisées.
Économie « résidentielle ». Dans des secteurs tels que ceux de Saint-Malo ou d'Auray, plus de 45 % du total des emplois seraient liés aux effets de l'arrivée de riches retraités. Mais ce pari, à long terme, court droit « à la catastrophe », met en garde Jean Ollivro. Car il impose des suréquipements coûteux (réseaux, services, etc.), et chasse, au loin, les jeunes ménages actifs. De plus, ce vieillissement accéléré n'est guère tenable : d'ici à 2030, les plus de 60 ans seront deux fois plus nombreux en Bretagne ; les plus de 70 ans, trois fois plus nombreux ; les plus de 85 ans, quatre fois plus nombreux...
Le poids réel de la terre. L'agroalimentaire breton est un géant : il représente 43 % des entreprises et 35 % des emplois bretons, 15,6 % des salariés français de ce secteur, 15,35 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel. Il va bien au-delà. Il irrigue toute l'économie. Battant en brèche les chiffres officiels qui voudraient que l'agriculture ne pèse que 6 % du produit intérieur brut breton (PIB), Bretagne Prospective s'est livré à une enquête auprès d'un échantillon de 1 300 entreprises bretonnes, dans tous les secteurs (industrie, commerce, transport) : il en ressort qu'elle contribue directement à 38,9 % de leur chiffre d'affaires. Le message d'alerte lancé par Jean Ollivro est simple : « Une ferme représente cinq emplois en Bretagne. »
Christophe VIOLETTE.