













Gérard Creuzet, PDG de la Barre-Thomas où il est encore prévu de licencier une soixantaine de personnes pour atteindre moins de 1 300 salariés. En plusieurs vagues, la Barre-Thomas licencie depuis mai 2007 près de 300 salariés sur les 1 600 qui restaient dans l'entreprise rennaise. À chaque étape, les salariés licenciés sont prévenus sur leur lieu de travail et ne reçoivent une lettre que deux jours plus tard. Le procédé a provoqué de multiples réactions y compris de Xavier Bertrand, le ministre du Travail qui l'a qualifié de « scandaleux ». Dimanche, le PDG Gérard Creuzet a tenu à s'expliquer.
La façon dont vous annoncez les licenciements est-elle inhumaine ?
Cette procédure a été discutée avec les représentants du personnel et de l'administration et tout le monde l'avait trouvée plus humaine qu'une simple lettre envoyée au domicile. On ne montre pas les gens du doigt. C'est leur supérieur qui vient les chercher pour leur annoncer la nouvelle avec un contact humain, suivi de la présence d'une cellule qui peut mettre en perspective les possibilités de reclassement et d'un médecin du travail qui peut les assister dans les cas les plus difficiles. Ce qu'on a cherché à faire c'est qu'ils ne soient pas seuls chez eux face à leur lettre. Ça reste toujours un moment difficile, un drame traumatisant. Mais on est choqué que des organisations syndicales qui ont participé aux réflexions trouvent brutalement ces méthodes inhumaines.
Pourquoi ce changement selon vous ?
Parce que deux délégués, leaders de la CGT, font partie de la dernière vague au regard des critères choisis pour le plan social. Alors, soit nous les mettions dans la liste soit on licenciait deux autres personnes qui ne devraient pas y être au regard de ces critères. De toute façon, comme ils sont délégués, leur licenciement devra être validé par l'inspection du travail.
Y a-t-il une volonté de casser le mouvement syndical ?
Non, je suis tout à fait respectueux du dialogue social qui est essentiel dans une entreprise. Ce n'est pas discriminatoire.
Seriez-vous prêt à changer de méthode pour l'annonce des licenciements ?
Oui, si tout le monde se met d'accord pour nous dire que c'est devenu inhumain. On est prêt à en discuter. Mais il se trouve que la CFDT, FO et la CGC ne comprennent pas qu'on critique cette méthode. Ils ne font pas ça pour faire plaisir à la direction.
Le ministre du Travail serait donc mal informé ?
Le ministre a pris la précaution de dire « si les choses se sont passées comme on me dit alors effectivement je ne peux pas les accepter et elles sont scandaleuses. » J'ai expliqué tout cela au cabinet du ministre samedi pour rétablir la vérité.
La Barre Thomas a encore un avenir ?
On mesure la performance de l'entreprise avec l'excédent brut d'exploitation. En 2006, lors de la reprise, cet indice était de -3 % du chiffre d'affaires. En 2007, nous avons fait +5 %. L'objectif pour cette année est de 8,5 %. Ça veut dire qu'on n'est plus dans le rouge. On est sur la voie d'une performance proche des entreprises comparables. Notre actionnaire le juge comme tel. On est sur la voie du redressement mais il faut nous laisser un peu de temps.
Les actionnaires de Silver Point ne demanderont pas de nouveaux licenciements après ce plan ?
Ils ne le peuvent pas. Au moment de la reprise, ils se sont engagés à 1 250 personnes minimum à Rennes. Mais nous avons besoin qu'on arrête de nous montrer du doigt pour sortir définitivement du rouge. Effectivement, on ne le fera pas avec les 300 personnes licenciées mais c'était une décision indispensable pour sauver les 1 300 autres.
Recueilli par
Gilles KERDREUX.